O. HIND
23-12-2006 - Page : 21
Deux artistes, deux démarches, deux univers. Une seule exposition à visiter jusqu’au 20 janvier.
Deux membres du
collectif Essebaghine ont décidé d’exposer ensemble, à la
galerie Esma (Oref). Deux techniques résolument différentes
mais la même vision des choses. Quel regard porter
aujourd’hui sur ces contes persans, considérés comme un
chef-d’oeuvre littéraire?
Aussi, cette histoire est-elle revisitée sous l’oeil d’un
artiste aiguisé mais sans concession sur le réel.
«Pour moi, explique Nourddine Ferroukhi, cela a été un
prétexte de recherche. Je voulais interpréter ces nuits que
vivent les Algériens. Ce sont des nuits sordides, un peu
perverses car en Algérie tout est dans les non-dits. Je me
suis inspiré des cabarets, de ce côté débridé et festif, en
y insufflant mon regard voyageur, sensuel. C’est pourquoi
j’ai un peu déformé les personnages comme s’ils étaient sur
scène. Un côté théâtral voulu. Entre Amar et moi, nous nous
retrouvons sous cet aspect qui fait appel à la peinture du
corps...» En effet, l’expo de Feroukhi, qui utilise un
mélange de toile, bois, huile et acrylique, «pond» des
figures libres sur des formats de tableaux carrés (style
contemporain). L’artiste aborde cette métaphore de la nuit
sur quatre série de tableaux: série serrures, série fruits,
série couples et série patchworks. De ces êtres mous,
couples en tout genre, avec le pull marin inspiré
peut-être, de celui de Jean-Paul Gautier et son univers -un
peu singulier-, transparaît la mansuétude charnelle de la
nuit, telle imaginée par l’artiste, qui se plait à
dépeindre et rendre beau, ce qui est absurde en nous, ce
qui semble anormal, pourtant, chez certains, par une simple
touche de poésie et un zeste de tendresse..Un peu dans le
même registre, Amar Bouras a choisi l’abstraction pour
faire parler ses oeuvres composées de diverses parties du
corps féminin. Histoire de dévoiler ce qui a toujours été
considéré comme intouchable et interdit...Entre tableaux et
installation vidéo (au Centre culturel français) baptisé:
Cyberchahrazad, Amar explore les contours de la féminité et
ses correspondances avec elle par le biais du chat. Sa
vision des Milles et Une Nuits? «C’est le besoin de dire
pour ne pas mourir. Quand on a un corps beau, il faut le
dire, le montrer, pourquoi, s’en cache-t-on?»
De cette expo
audacieuse, téméraire, singulière, quasi subversive,
s’ajoute un livre catalogue, édité aux Editions Barzakh.
Un ouvrage qui traite de ces nuits légendaires, via des
textes d’auteurs,(Adlène Meddi, Mustapha Benfodil, Hajar
Bali, accompagnés d’extraits de l’oeuvre originale ainsi
que des textes autour de ces contes originaux (Assia
Djebar, Waciny Laredj Mourad Djebel, André Brink..) et
d’images oniriques et de gribouillages bien inspirés...
Un petit livret assez charmant, reconstituant bien
évidemment les oeuvres de deux plasticiens, Noureddinne
Ferroukhi et Amar Bouras. Disponible en librairie au prix
de 300DA.