ECRIVEZ DES LETTRES D’AMOUR !
«
La faim et l’amour guident le monde » disait Schiller. Dans
ce monde qui est le nôtre et où fleurissent les lieux
d’assouvissement d’une faim séculaire , l’éloge fait à
l’amour dans cette exposition est la raison même de l’art ,
né de celui-ci qu’il sublime.
Territoire difficile car commun et immortel, le thème de
l’amour suppose tout un rapport de spiritualité propre aux
grandes allégories, comme la liberté ou..la mort, qui
laisse sa représentation toujours en devenir.
Mais qu’est-ce qu’une image qui pose la question de l’amour
? un fragment d’espace, de temps et de formes qui essaie de
nous faire vibrer avec lui et que l’artiste tente de nous
livrer ici.
Poursuivant un projet à la cohérence certaine où l’œuvre
oscille entre photographie et peinture, en retenant de la
première le caractère objectif, de la deuxième l’aspect
matériel et coloré, l’artiste pratique un protocole
inchangé depuis un certain nombre d’années.
Même si dans cette nouvelle série d’images, le thème est
nouveau, le rendu plus intense, il s’agit toujours d’un
réel dont l’image devient le double dès que la pensée s’en
saisit parce qu’elle est rattachée à une intention, un
moment de la vie. C’est ce qui explique la permanence de
l’acte photo , comme une présence nécessaire du monde
extérieur sur lequel l’artiste a besoin d’agir par la
peinture , mu par une sorte de nécessité subjective qui
surgit dès qu’il s’agit d’interrogations humaines de
l’ordre du sensible. La photo est un matériau qui continue
de le passionner et si dans ses travaux la peinture en
oblitère une bonne partie, il y a toujours une dialectique
entre les deux sans graduation ni hiérarchie de valeurs
entre elles.
Utilisée comme un emprunt au réel , l’image photo sert à
dire l’articulation de sa fiction personnelle , affective ,
sociale ; il lui emprunte les éléments de sa composition ,
en fait un modèle qu’il soumet à tous les détournements :
montages , déformations , colorisation… les œuvres qui en
résultent racontent alors des histoires singulières ; celle
de l’artiste lui-même , de l’accouchement lent et
douloureux de choses vécues , longtemps enfouies : corps
images de la femme , corps images de l’amour , élans ,
aspirations qui restent irreprésentables..
A la fois par narcissisme , intériorité ou pour l’exorcisme
, comme chez certains artistes contemporains , il se montre
lui-même dans des autoportraits où les lignes du corps
entre fragilité et désarroi , dans une immobilité à peine
dominée , font dire à sa propre image « mon corps , c’est
moi.. ».S’ouvre alors le discours éternel sur le corps :
réceptacle des valeurs morales , sacralisation de son image
, difficulté de la monstration où l’artiste se dévoile , se
montre , se met en scène évacuant l’ordre du sacré ,
répétant l’empreinte de sa main comme une marque de son
passage.
Il dit cultiver volontiers la séduction de l’apparence
peinte, cédant au désir de plaire par ces couleurs
acidulées posées en mosaïque de touches joyeuses, atténuant
la dureté du noir et blanc, équilibrant ainsi le drame et
le plaisir de la création.
Dans chaque tableau, quelques phrases manuscrites volées à
une lettre (d’amour) parlent d’une histoire (d’amour) de
l’être (d’amour).
Dans chaque tableau est présent l’homme et ses rêves,
parfois démesurés parfois sages, mais dont la
représentation révèle, plus qu’une variation autour du
thème, son attachement à la beauté des choses de la vie.
Nadira Laggoune-Aklouche
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Ammar Bouras expose
à la galerie Esma
L’Etre
d’amour
Ammar Bouras, qui est professeur de photographie à l’Ecole
supérieure des Beaux-arts, s’est frotté assez souvent à des
professionnels chevronnés de par le monde, notamment par de
nombreuses participations à des expositions et des
résidences en France, à Arles plus précisément, ce qui
n’est pas peu dire quand on connaît le rayonnement de cette
ville dans le domaine de la photographie. Il a pu, de ce
fait, sédimenter un savoir et une expérience qui lui
permettent de mener des recherches originales dont il nous
offre la primeur depuis plus d’une décade.
Il a ainsi capitalisé un savoir-faire rare en Algérie qui
fait toute l’originalité, voire même la singularité, de son
vocabulaire. Un vocabulaire «photopictural» qu’il a acquis
en utilisant les techniques de la photographie et de ses
applications – comme l’ont fait dans les années 1920 Man
Ray, Christian Schad et Moholy Nagy qui ont intégré à leurs
travaux des photogrammes (ou rayogrammes) – mixées aux
techniques de la peinture créant ainsi une interfécondation
entre les deux champs. Ces techniques difficilement
accessibles aux non-professionnels apportent une fraîcheur
vitale dans un paysage artistique en phase de réanimation
après une longue léthargie imposée par les contingences
historiques que l’on sait.
Ce vocabulaire gravite autour du triangle
photographie-peinture-vidéo qu’il a su décliner dans une
hybridité de bon aloi et qu’il maîtrise suffisamment pour
en extraire la quintessence dont il emblave ses travaux.
Car Bouras, en tant qu’artiste professionnel exigeant,
apporte tout le soin et la qualité requis pour donner à ses
tableaux le charisme qu’ils dégagent. Tout ce qui fait dire
à plus d’un regardeur : «J’aime beaucoup ce que fait
Bouras.»
Photopeinture ou pictophotographie ?
Mais Bouras
ne fait pas que faire. Il prend aussi. Il prend des photos,
ce qu’il sait faire. Il fait des peintures, ce qu’il sait
aussi bien faire. Il réalise des photopeintures ou
pictophotographies, ce qu’il sait faire à merveille. Nous
nous permettons cette digression pour paraphraser Henri
Cartier-Bresson : «On fait une peinture, tandis qu’on prend
une photographie.»
C’est aussi pour introduire les paroles du surréaliste Man
Ray qui avoue : «Je photographie ce que je ne peux pas
peindre et je peins ce que je ne veux pas photographier.»
Mots très justes quand on se réfère à la thématique de
Bouras si bien illustrée par le très métaphorique titre de
l’exposition : L’être d’amour. Titre ambigu mais très riche
en symbolique. Un être d’amour (aimé) interpellé à travers
les lettres d’amour que sont ces œuvres qui enfourchent le
triptyque de la photographie, de la peinture mais aussi de
la calligraphie omniprésente, aussi bien dans certaines
séquences où elle a une visibilité frontale que dans celles
où elle se trouve en filigrane pour meubler des espaces de
la composition. Cette conjugaison de l’être et de la
lettre, jeu de mots majuscule sur lequel Bouras aime faire
de l’équilibrisme, on la retrouve dans les jeux de la
photographie et de la peinture, dans ceux de la technique
qu’il arpente allégrement du cadrage à la macrophotographie
en passant par les jeux de lumière, la plongée, la
contre-plongée, le basculement, le grossissement, la
réduction, le photomontage, le collage, la surexposition,
la surimpression, les variations sur les valeurs, la
calotypie, les émulsions sans compter les transgressions
opérationnelles qu’il se permet dans ses recherches.
Terminologie vaporeuse pour un profane mais dont nous
appréhendons la magie à travers le rendu fantastique que
nous révèlent les tableaux, des tableaux empreints d’une
indicible poésie.
Un sérum de vérité
Baudelaire reconnaissait déjà à son époque à la
photographie un rôle de «fidèle servante des arts et des
sciences» et beaucoup de plasticiens contemporains s’en
sont emparé et ont su l’introduire dans leur vocabulaire.
Steven Spielberg y découvrait une force d’expression qu’il
comparait à un «sérum de vérité» et Salvador Dali affirmait
: «La photographie est essentiellement le véhicule le plus
sûr de la poésie et le procédé le plus agile pour percevoir
les transvasements les plus délicats entre la réalité et la
surréalité. La photographie est captatrice de la poésie la
plus subtile et la plus incontrôlable.»
Ammar Bouras, quant à lui, extirpe la photographie de la
banalité de la représentation, de sa trivialité pour en
faire ce médium frappé du «sens obtus» (selon Barthes) et
lui conférer la poésie et la musicalité mais aussi et
surtout cette vérité, cette authenticité, ce réalisme
nécessaires à l’expression, ce réalisme qui ne peut être
atteint qu’en «mettant l’esprit, l’œil et le cœur sur une
ligne de mire» (H. Cartier-Bresson). Car la photographie de
Bouras veut être subversive mais, pour ce faire, elle doit
se conformer à ce que souligne Barthes : «La photographie
est subversive, non lorsqu’elle effraie, révulse ou même
stigmatise, mais lorsqu’elle est pensive» ainsi qu’à ce
qu’avait déjà signalé Nadar : «Ce qui ne s’apprend pas,
c’est le sentiment de la lumière, c’est le côté
psychologique de la photographie qui permet de conférer la
ressemblance intime.»
Ce patchwork de citations incite à emboîter le pas à Bouras
dans son vocabulaire singulier qui désacralise la
photographie, la désarticule, la dématérialise, pour lui
ôter cette autonomie de représentation froide, la mettre en
abîme, l’utiliser esthétique. Elle perd son statut de
photographie pour devenir un élément sui généris de
la photopeinture ou pictographie où elle donne sa
dimension à la création. Cette hybridation, ce métissage
artistique, est à l’origine de la transcendance évidente
que revêtent les travaux de Bouras qui a su jouer
admirablement de la lumière, du N et B et de la couleur
comme d’un harmonium dont il maîtrise la
manipulation.
L’être et la lettre
Les titres des œuvres sont révélateurs d’une thématique à
connotation relationnelle où la quête de l’autre est
sublimée. Lettre d’amour, Lettre à… , Lettre à ma
mère, Nuit de noces, Prière de minuit (quête de Dieu), Adam
et Eve, Visages, Le baiser, Le scribe, Portrait,
Autoportrait, des mots tendus vers l’être (l’autre) qu’on
invite à conjuguer le verbe le plus beau qui soit : aimer.
La photo et la peinture sont déclinées dans une
dialectique fondatrice qui donne à la plupart des tableaux
équilibre, lancinement, surgissement, expressivité, rythme.
Les champs de la photographie et de la peinture se
croisent, s’entrecroisent, s’encadrent, se traversent, se
transpercent, s’embrassent, s’enchevêtrent. Ce faisant,
Bouras n’oublie pas de rendre un hommage particulier à l’un
de ses peintres préférés ,l’Autrichien Egon Schiele, ce
classique de la modernité, dont on retrouve avec plaisir
certaines connotations mosaïquées. Un exercice auquel des
écrivains et des artistes de renom se sont adonné à travers
ce qu’on a nommé en termes consacrés d’intertextualité.
«Cinquante pour cent de mes travaux sont influencés par
Egon Schiele qui est mon maître. Son œuvre témoigne de la
souffrance permanente de l’être humain.» C’est Bouras qui
l’avoue dans un livre d’artiste édité chez Barzakh en 2001.
( Poussière d’ange). Cette honnêteté intellectuelle est
rare et l’on ne peut que se réjouir de retrouver des
références schieliennes et klimtiennes à la fois dans ces
sortes de patchworks chromatiques qui traversent les
compositions.
La parcellisation physique et picturale des
tableaux est remarquable. Elle introduit des variations qui
évitent la linéarité.
La désarticulation et l’assortiment des parties
photographiques et des parties picturalisées introduisent
une grande mobilité pastique. Elles nous permettent
d’apprécier tour à tour des profils mystérieux en N et B
sublimés par la scansion de la palette des parties peintes,
des regards songeurs et lointains rayonnants de frontalité,
des silhouettes immaculées en lévitation sur un fond noir
(Lettre à ma mère). Le plus grand et le plus impressionnant
des tableaux est en N et B (Position). Il est remarquable
non seulement par sa taille (150x250) mais aussi et surtout
par sa portée métaphorique. C’est un collage polyptyque de
macrophotographies carrées, représentant chacune une partie
de corps humain d’un réalisme lancinant, reconstituant un
homme en vrac, surréaliste, une manière spectaculaire de
signifier une certaine désarticulation sociale que nous
vivons depuis un certain temps.
Clein d’œuil au pop art
La multitude des techniques
utilisées par Bouras rappelle celles qui sont utilisées
notamment par les artistes de la mouvance du pop art. Ces
techniques sont désignées de manière très précise dans un
addenda joint à la liste des œuvres exposées donnant le
détail du mode de conception, des modalités de réalisation
ainsi que des produits utilisés. Bouras n’hésite pas à
parler de «tirage numérique N et B, photogrammes, tirage
argentique, émulsions liquides, peinture photosensible…»
Tout un jargon de photographe.
Cette exposition tranche sur ce qu’on est habitué à voir
sur les cimaises. Elle nous rappelle que nous avons un
retard important à combler pour notre mise à niveau par
rapport à la production artistique mondiale qui a su
épouser son siècle en utilisant des moyens et des modes
d’expression de plus en plus sophistiqués.
Il y a lieu de signaler – c’est important – qu’un catalogue
a été réalisé à l’occasion de cette exposition. Conçu par
Ahmed Saïdi et Sofiane Hadjadj, il comporte des écrits de
Hadjar Bali, El-Mahdi Acherchour, Bachir Mefti, Samira
Negrouche, Mustapha Benfodil et Nadia Laggoune-Aklouche.
Edité par Barzakh et imprimé par Mauguin, il brille par son
élégante simplicité et une facture sans faute. On est loin
des plaquettes insipides à l’œil et à l’esprit que, trop
souvent on retrouve dans certaines expositions, sans
compter les poignées de fautes d’orthographe dont elles
sont emblavées.
Pour dire que le professionnalisme ça ne
meurt jamais, et que le catalogue est également une œuvre
d’art.
Ça se passe à la galerie Esma
du 14/02 au
07/03/2005
M.
Massen ( Artiste plasticien, juriste
)
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Exposition
picturale de Ammar Bouras
La déclaration « L’être d’amour »Aimer, c’est
savoir dire je t’aime sans parler », dit un proverbe
anonyme. Et c’est certainement ce que Ammar Bouras a fait
de mieux dans les œuvres qu’il expose actuellement à la
galerie Esma.
L’exposition, intitulée « L’être d’amour », sue
la passion, l’ivresse, la dévotion. Sans ménagement et sans
imposture : « L’être d’amour » ou lettre
d’amour ? Peut-être les deux. L’artiste photographe,
membre du groupe de plasticiens Essebaghine, livre l’amour
avec les mots autant qu’avec les images : avec son
objectif, il capte des bribes de réalité auxquelles il
donne sa propre perception. Et en plus de l’intervention de
l’encre et de la peinture, des fragments de phrases, tels
des billets d’amour, flânent ici et là sur les
toiles : une calligraphie non identifiée, tel un code,
une langue ancienne ou simplement de la poésie. L’amour a
son propre langage.
Il suffit de contempler l’une des 38 œuvres pour en voir
l’ombre. Ou la silhouette. Les toiles sont quasiment toutes
en noir et blanc, certaines éclaboussées de couleurs vives
et acidulées. Le dénominateur commun est la vie qui les
habite. L’une des techniques préférées de Ammar Bouras est
de poser son modèle sur du papier photosensible, dans le
noir, puis de passer une torche autour de la silhouette.
Souvent ne subsiste qu’un détail de son modèle ou une
position à peine perceptible du corps. Le résultat est
surprenant, magique. Autant que cet artiste sensible mais
énigmatique. Les titres de ses œuvres en attestent :
Adam et Eve, Jeux interdits, Lettre d’amour, Nuit de noces,
Le baiser, La tarhal ya rafiki (ne pars pas mon
compagnon)... Autant de titres révélateurs et suggestifs.
D’autant que le vernissage de « L’être d’amour »
s’est tenu à la veille de la Saint Valentin, la fête des
amoureux. Simple hasard ou coïncidence ? Probablement,
un peu des deux...
Ammar Bouras
Exposition « L’être
d’amour » Galerie Esma, jusqu’au 7 mars
Zineb
Merzouk
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Exposition de peinture de Amar Bouras à la galerie Esma
Une
ode à l’amour
S’il y a bien un artiste peintre qui
capte des instantanés de vie et sonde l’imaginaire, c’est
bien Ammar Bouras qui signe et persiste avec une
nouvelle exposition prévue pour ce dimanche 13 février à 17
h à la galerie Esma.
Cette exposition au titre
suggestif "l’être d’amour" témoigne de son talent et de son
professionnalisme, se tiendra du 14 février au 7 mars
prochain.
L’artiste peintre, qui a l’habitude
de saisir des instantanés de vie en racontant les
vicissitudes, débusque cette précarité et cette incertitude
des personnes . Avec l’œil scrutateur du photographe
(diplômé en photographie)doublé de celui de l’artiste,
Ammar Bouras, passe en revue les scènes quotidiennes de la
vie. Dans ces nouvelles œuvres mi figuratives, il pénètre
les arcanes de l’âme et sonde les tréfonds du cœur.
L’univers onirique est passé au crible.
Ces toiles puisent leur force de cette
juxtaposition de réalisme et d’imaginaire. L’amour dans
tous ses états, l’amour de l’autre semble être une
préoccupation majeure dans ses toiles. Selon l’artiste
peintre, ces œuvres telles que " Lettres d’amour", "Lettre
à ma mère", "scribe", "Adam et Eve", "Visages", "Etre
d’ailleurs", "Nuit de noce ", sont des
représentations imagées de l’amour . Une ode à l’amour;
comme le souligne, à bon escient, Bouras "l’amour, c’est la
tolérance". Cette quarantaine de compositions
qui sont un hymne à la vie, l’amour et la femme,témoignent
du thème de l’amour, de la souffrance, du corps et du désir
c’est le rapport homme/ femme qui prend tout son sens dans
cette exposition.
L’artiste peintre qui n’est plus à présenter a une double
formation à l’école nationale des Beaux Arts d’Alger
spécialité photo et une formation supérieure en arts
plastiques. Enseignant de photo dans cette même structure,
il a, à son actif, de nombreuses expositions individuelles
et collectives au niveau local et à
l’étranger.
Notons qu’un pré- vernissage spécial presse est
prévu pour ce samedi 12 février à la galerie Esma. Cette
manifestation a regroupé quatre partenaires la
sponsorisant au coût de l’ordre de 600.000 DA
notamment Sonelgaz, le CCF, les Editions
Barzakh et la fondation Frédéri
Kheira
Attouche
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Inventaire
amoureux
Musique
soufie
Une tranche de pizza
Un visage sans nom
Une
paire d’yeux sans visage
Un fragment d’inspiration usée
Une bête électronique
Un chaos de coloris
Créant à corps et à cris
Des voix des spectres des lumières
Un caméscope filmant Alger à (rebrousse) poil
Un nu invisible
Un je-te-veux putréfié
Un m’as-tu-vu pétrifié
Un Amour de viande
Un peu de pudeur de la veille
Un pan d’intimité fraîche fraîchement sortie du frigo
Deux jambes grandes ouvertes esquissant un large sourire
Un sexe caché avec une main populaire
Un bouquet de toiles pubiennes
Extrait de discussion sur la place de l’argent dans
l’atelier et le rôle des mécènes
en démocrassie obscène
« Le confort ou la bohème ? Mon cœur a voté poème »
Coup d’Etat plastique
Corps-et-graphie élastique
Folie florale
Cuisine picturale
Une tension épicée au goût de cocagne
Une bouteille de cognac et autres boissons musulmanes
Une femme n…u…e dans Son appartement
Un ermite endurci dans son diki
Créant à corps et à cris
Un lit deux places couchant avec un fatras de voluptés
protéiformes
Lettres d’amour fossiles, transformées en tags sur un écran
plasma
Une déclaration je t’aime numérique
Nassila posant pour Maïssa Bey pour qu’ils s’entendent dans
les maquis de charme
Boissons spiritueuses spirituelle la musique amnésique la
zizique esprit de sel es-tu là?
Déboucher l’inspiration
L’IMAGINATION au parloir
Emeute de singes, orgie de signes
Destins borgnes
Dessins gigognes
Désirs croisés
Délires opposés
Le subconscient du peintre en train de se brosser les dents
Les restes d’une dispussion avec S.
Métaphysique de la carotte
Voile noir
Mèche rebelle sourire blanc Regard lumineux
S o n i a
Fantasme constantinois perché sur un abîme de pierraille
Scandales en latex
Un graffiti de Cupidon tagué sur un cœur fatigué
« La tarhal âni ya rafiki ! »
Hantise de la toile blanche
Mais qu’est-ce que je vais crier ?
Créer
Crier créer même crissement
Créant à corps et à cris
Il susurra dans l’oreille de sa pâte à combler des murmures
venus du plus loin de son enfance
Libertés inutiles
Rires peinturlurés
Puis il s’abandonna au sommeil de ses formes et se laissa
dessiner un bouton
« Papa, dessine-moi un mouton ! »
Et le mouton dessina son papa
Hantise de la femme blanche
Nuit blanche amour noir
« Tu es pressé d’écrire comme si tu étais en retard sur la
vie »
(René Char)
Et toi, Ammar !
N’es-tu pas pressé de conclure ?
Hâte-toi d’ôter ton caleçon, d’ajuster ton pinceau, de
baisser ta garde, d’armer ta liberté, et de charger le
monde
Tout le monde en joue !
Lâche tout ce que tu es en train de faire, prends un
marteau et détruis tout,
le studio, l’atelier, le totem numérique, la bête
électronique,
la transe soufie, la tranche de pizza, la tronche de ta
pudeur,
Alger, Cul-bidon, ton subconscient, Constantine,
ton patrimoine génoplastique, tout, tout !
Va faire l’amour à ces yeux qui se découpent de ton néant
magnifique !
Quel lamentable amant fais-tu !
Créant à corps et à cris
Laisse partir le modèle, son âme plate, son ombre plane,
Son nombril sans âge en naufrage
Couvre-toi de lumière, tu vas marcher sur des ténèbres
Crépite encore un peu
Frémis à feu doux sur fond de prière érotique
Ecrase ta cigarette, encore une gorgée de whisky sec, et
sors affronter ton ego
Le public est prié d’éteindre ses yeux
Irhal âni ya rafiki !
Va-t-en, l’ami, va !
J’ai besoin de tristesse pour repeindre la maison…
Mustapha
Benfodil
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Voix
de tes reins
descendants
au creux de mon désir
et le silence ultime
qui déshabille ton regard
et dévoile
mes peurs
Ton corps
cette asphalte de dix siècles
d'amour à venir
de toi imprimée
sur les strates de ma
mémoire
dans la généalogie de mes mots
Tendres sont toutes
les courbes
que tu imprimes sur les vents
autant d'empreintes
à nos promesses d'éternité
de nos corps
en démultiplication.
L'aimée a posé ses empreintes sur mes yeux. Le coeur est
sous-scellé. Le corps tel un orage s'abat sur moi. Et ses
mots. Ma blanche page. Ton encre humide. Flocons de neige
pénétrant à ma gorge. Hiver et lactescence. La toile s'en
souvient. Ma mémoire est déshabitée.
Innée cécité
De nos yeux
Hagards
Mensongers
Des soupirs s’en vont
Mourir
A la pointe
De nos rêves
Innée cécité
De nos doigts
Secs
Et tremblants
De nos paroles
Gélifiées
Au reflet de ses
Mots brûlants de cendre
Innée cécité
D’un visage qui sait
Naître
Du visage
Espéré.
Pour Ammar Bouras Samira Negrouche _ Manoir de grigny,
décembre 2004
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AMAR
BOURAS EXPOSE À LA GALERIE ESMA
L’être d’amour...
14 février 2005 - Page : 21
En dépit de toutes ses visions macabres, l’oeuvre de Bouras
regorge d’émotion... de vie.
40 ans, c’est le bel âge, l’âge de la maturité, dit-on.
Pour le plasticien Amar Bouras qui expose depuis hier ses
tableaux à la galerie Esma de Riad El-Feth, c’est un peu la
maturité artistique. Quelle belle coïncidence ! Les 38
tableaux qui constituent sa nouvelle exposition sont placés
sous le signe de l’amour. Aujourd’hui, c’est justement la
fête de la Saint-Valentin.
Bouras soutient que son travail date depuis 2002, nous le
croyons volontiers. D’autant que ses oeuvres plastiques
font suite à un livre de 9 images imprimées en sérigraphie
intitulé à juste titre N’habek, je t’aime, I love you !
Amar Bouras, digne enfant de Andy Warhol par ses
inclinaisons pop art - le sait-il? - est un adepte du
métissage et du style hybride. Artiste photographe aussi,
Amar Bouras aussi bien distrait que profond nous laisse,
une fois n’est pas coutume, entrevoir son monde intérieur à
travers une pratique esthétique bien singulière. Ses
tableaux dont certains sont un assemblage de plusieurs
images sont des lucarnes ouvertes ou une plongée dans le
royaume sensible de «l’être» Amar. C’est un cachet
résolument humain que transpirent ses créations.
Photocollage ou photomontage, ajouté à cela l’intégration
de la peinture, du papier, du griffonnage, écriture qui
devient symboles et rehaussée de couleurs chatoyantes, l’on
peut en effet discerner ces quelques mots d’amour tirés de
lettres réelles que l’artiste a couverts de peinture.
L’oeuvre de Bouras est à la fois suggestive, sensuelle et
provocatrice dans le sens où il nous interpelle au plus
haut point. Dans ces spectres humains où apparaît, visage
de femme, yeux, pieds ou mains, rien n’est là au hasard. La
peinture de Bouras est évocatrice. Elle est réminiscence et
rêverie. Mais l’angoisse est perceptible comme ce chaos
indélébile que l’on ne peut effacer du visage de la Terre.
Le noir et le blanc autant que cette touche de rouge
questionnent l’espace et heurtent la sensibilité.
De ces fantômes effrayants qui vous guettent à la dérobée
subsiste un côté charnel très omniprésent dans l’art de
Amar Bouras.
Les bribes d’humanité que l’on voit, ce sont
tous ces gens qu’il a aimés, adorés au cours de son
existence. C’est un peu une exposition introspective.
Forcément, beaucoup de apparaissent, Katia, Lounja, Lynda,
Sonia... Sur toutes ces et ses idylles d’il y a 25 ans,
Amar pose un regard réflexif. Un hommage qu’il rend à sa
manière à travers sa passionnante et irrésistible envie de
peindre. Amar Bouras fait explorer et exploser dans ses
oeuvres ses délires et tourments. L’on comprend qu’il
s’adresse dans un de ses tableaux à Egon Schiele, ce
peintre maudit autrichien, décédé à la fleur de l’âge...
Images superposées, grattées, colorées donnent un étrange
sentiment de décomposition. Ne dit-on pas que l’on renaît
de ses cendres ? Résolument contemporain, même si la
technique existe depuis quelques années, Amar reste en
Algérie un artiste ouvert, doué d’une grande sensibilité.
Nous aimons bien son travail qui sort des sentiers battus
de la peinture «conformiste», lisse et «représentative». La
vie, l’amour, la mort, le sexe, tout cela existe et ne peut
par conséquent offusquer personne. Gothique un peu,
mystique, énigmatique, romantique... la peinture de Amar
Bouras charrie une bonne dose d’émotions, telle une chanson
d’«Evanescence».
Diplômé des Beaux-Arts en peinture, membre du collectif
Essebaghine, l’artiste a réussi à s’affirmer dans le groupe
tout en se distinguant par une démarche sûre, faisant de
lui un «être» à part. Multipliant les expériences, il se
fait un nom ici et à l’étranger, lors d’expositions
individuelles et collectives. Nous découvrirons aussi son
travail dans ce recueil très fort en images, Poussières
d’ange, un ouvrage réalisé avec Christian Lecomte,
journaliste et écrivain, et édité aux éditions Barzakh.
Amar Bouras a, en outre, exposé dans le cadre de l’Année de
l’Algérie en France où il a su attirer les regards sur ce
phénomène social qui a fait fureur récemment, «la chasse
aux sorcières» des couples. Un sujet fort dominant chez
l’artiste, étant la tolérance.
Aussi, nous pourrons
qualifier cette exposition de personnelle pour tout ce
qu’elle dégage comme vérité, attachement, malaise et...
amour! Ouverte jusqu’au 7 mars, l’exposition de Amar Bouras
est intéressante à plus d’un titre. Nous n’avons pas fini
de sonder ses dédales...
O.
HIND
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“L’être
d’amour” de Ammar Bouras à la galerie Esma
Billet
doux-amer
Par Djamel Belayachi
Pour les besoins de la
Saint-Valentin, Ammar Bouras a sorti de sa malle à
souvenirs les reliques de ses jeunes aventures amoureuses.
“Des lettres d’amour qu’on m’ a envoyées quand j’étais
adolescent.” Il en a, ensuite, fait sa matière première
pour la construction de “L’être d’amour”, sa toute nouvelle
expo qu’accueille, à partir d’aujourd’hui, la galerie
Esma (Riadh El-Feth). Pour les esprits espiègles,
inutile de chercher à déchiffrer les caractères qui
sillonnent ses tableaux. Le photographe-plasticien a bien
pris le soin de les casser et de les éparpiller.
Indécodables. “Il faut lire au deuxième degré”, dit Bouras
dans un large sourire, à l’occasion d’un pré-vernissage
spécial presse (premier du genre). Le deuxième degré, c’est
ce combustible qui fait se mouvoir l’artiste, qui travaille
à la base sur la photographie. “Une manière d’intervenir
sur l’image extérieure pour créer mon monde : des choses
abracadabrantes.” L’image extérieure, c’est essentiellement
l’être humain. Un objet qu’il déploie menu et haché.
Ici, un bout de jambe, là un bras, là-bas un sein, plus
loin un visage, une main, etc. Bien que l’objet en question
reste invariable, la technique change sur presque, dans
chacune des pièces (au nombre de 38) que compte
l’exposition : collage, acrylique, fixateur, film
d’impression, photogramme, craie à la cire, tirage
argentique, etc. La pièce maîtresse de cette galerie se
nomme “Adam et Eve”, un tableau, se déclinant en quatre
temps, qui raconte une histoire vieille comme le monde.
L’histoire du cadeau d’amour empoisonné. Le serpent ici
explose dans les couleurs du printemps. Parce que le
plasticien joue, sans cesse, sur le jeu entre gravité et
légèreté, bien qu’il tire plus souvent les choses vers le
noir. Autre hantise : parfois Bouras aime bien être à
l’intérieur des ses pièces. Être son propre objet.
Dans la série “Visages”, il fait sortir un cri d’un visage,
le sien, sa propre silhouette, sa bouche grande ouverte. À
débusquer. Et puis, il y a ces coins coups de cœur. Ces
coins qu’on réserve à ceux qui nous fascinent. Dans Lettre
à Egon Schiele, des silhouettes comme passées aux rayons X,
il rend hommage au maître de la contorsion humaine, le
peintre autrichien à scandale, qui a fait beaucoup parler
de ses démons, dans le XVIIIe siècle. Un grand boulimique
des corps torturés, comme les aime Ammar Bouras.
D.B.
