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Un peintre est né "
Résolument et sans fioritures, ce peintre-photographe est
entrain de se faire son petit chemin, avec cette petite
force qui caractérise les gens modestes.
Rencontré au cours d'une exposition collective, ce jeune
artiste se livre tranquillement, à un joli numéro
plastique.
Né en décembre 1964 à El-Milia dans la région de Jijel.
Très tôt déjà, l'idée de rentrer aux Beaux-Arts apparaît.
C'est contre vents et marées qu'il décide de préparer le
concours d'entrée en 1985.
Après neuf années dans cette institution, il décroche un
diplôme de communication visuelle, spécialité qui intègre
la photo dans ses modules. Cette spécialité ne l'intéresse
que dans le fait qu'elle lui fait découvrir la technique
photo, mais il se déclare quelque peu bloqué par le fait
qu'il fallait à chaque fois exprimer obligatoirement une
idée à travers les exercices photographiques. Ammar Bouras
va donc s'orienter vers la peinture, une option qui va lui
laisser un vaste champ d'investigation artistique, doté
d'une grande marge de liberté.
En 3ème année de son cycle supérieur, le travail de
"mixage" entre la photo et la peinture commence, encouragé
en cela par le peintre Denis Martinez qui le pousse à
chercher.
Ammar commence donc à faire des tentatives en grattant ses
films au labo.
Il passe par la photo professionnelle pendant un certain
temps, pour en sortir par la grande porte. Après avoir
largué les amarres du reportage photo, il se consacre
actuellement à sa peinture.
Et on le voit souvent dans quelques manifestations
artistiques telles que le 14ème Salon des arts modernes ou
dans l'exposition collective des jeunes peintres à la salle
Ibn Khaldoun qui se tient actuellement. Cependant les
événements les plus marquants pour lui sont les deux
Biennales de la jeune création auxquelles il a participé en
section photo à Valence ( Espagne) en 1992 et à Lisbonne
(Portugal) en 1994 et le 14ème Salon des arts modernes,
tenu au Théâtre de Verdure dernièrement.
Bouras sort du parcours conventionnel des artistes-peintres
de son âge, il ne s'embarrasse pas de discours ennuyeux. Il
s'exprime, un point c'est tout! La valeur de son travail
vient justement de cet état de faits.
Il utilise des grands et moyens formats sur lesquels il
intègre des photos qu'il retravaille ensuite à la peinture
ou aux encres. A vrai dire pour lui la technique n'est pas
à proprement parler la chose la plus importante, c'est
seulement une méthode, mise au service de l'idée ou de la
sensation qu'il veut transmettre dans une espèce de
synthèse subtile qui mêle la peinture et ses graphismes à
la photo et ses effets réalistes.
Le monde du rêve est sondé, décortiqué et ne permet aucune
limitation de vitesse artistique. Les moments les plus fous
pour lui sont quand il capte des instants réalistes grâce à
la photo pour leur redonner un sens onirique grâce à
l'imagination que permet la peinture.
Un bel exercice de style que l'on a pu voir à la salle Ibn
Khaldoun pendant une dizaine de jours.
par
J. Gassouma Le Matin, 6 février
1995
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ARTS MULTIMEDIAS
AMAR
BOURAS, LA VIE, LA PHOTO ET LA MORT
IL EST UN DE CES JEUNES ENFANTS TERRIBLES DE LA CULTURE
ALGERIENNE ; UN PHOTOGRAPHE DE TALENT,DOUBLE D'UN PEINTRE
CREATIF.
AMAR BOURAS est né dans les années 60.Un parcours aux
BEAUX-ARTS le mènera bien loin dans les hautes altitudes de
la sphère artistique, grâce à un ensemble de travaux,
d'expositions collectives et individuelles autant en
Algérie qu'à l'étranger
Mais le plus intéressant dans ce passage que nous nous
sommes proposés d'emprunter, pour mieux le connaître.
Reste sa formidable dernière approche artistique qui prend
un départ fulgurant vers une autre dimension qui dépasse la
simple prise de vue photographique avec un effet
documentaire sur la réalité.
Bouras prend à bras le corps la technique photographique,
il réalise les prises de vue, les retravaille plastiquement
et s'amuse à recadrer les contours, à replacer les couleurs
et surtout à manipuler la lumière pour recréer sa réalité.
Le pouvoir, Bouras le prend dans son labo, il retravaille
les contrastes, les mets à son service et se lance dans un
jeu terrible de chassés-croisés avec la réalité (à travers
l'image). Son travail de photographe au quotidien est un
garde-fou qui lui permet de remplir le garde-manger. Qu'à
cela ne tienne, il réalise des prouesses dans sa démarche
plastique qui elle, prend son envol dans une autre
dimension.
Le dernier projet d'installation qu'il nous propose pour le
05 MAI prochain, probablement au musée national des
beaux-arts, se relève passionnant au niveau de la force
expressive qui se dégage des images multiples dont
l'essence même se situe dans un format insoupçonnable de 24
/36 mn.
Le plasticien se lance à corps perdu dans une série
d'intervention graphique sur diapositives en couleur.
Ammar Bouras en témoin - acteur de son époque nous montre
alors une dimension horrible et une approche poignante
sur l'actualité dans tous ses états. Mais Ammar ne s'arrête
pas là, il use de la technologie de pointe pour animer plus
de 300 diapos qu'il travaille graphiquement dans une
alchimie étrangère, les encres, les feutres et les objets
de grattage font une esquisse sur petit format d'un monde
torturé, désappointé, mais aussi fait d'espoir, d'amour, et
de foi en l'avenir.
Le plasticien manipule l'ordinateur pour nous faire vivre
des moments aux images très fortes qui défilent dans un
rythme soutenu à une cadence infernale. Un montage d'images
qui finissent par la force des choses avec un mixage réussi
d'une ambiance sonore empruntée à un panel éclectique de
musiques du monde. Un "spectacle "son et lumière que Bouras
utilise à bon escient pour sa future installation qui fera
appel à cette technique superbe qu'est l'installation
vidéo. L'image de Bouras prend vie et se réfugie dans de
multiples supports que sont la salle, le tirage papier et
la diapo puis ensuite l'écran vidéo ou le moniteur de
l'ordinateur.
Un voyage dans l'univers des passions humaines que notre
ami a déjà entrepris depuis plus de trois années de travaux
sur la photo, sur l'image. Un artiste à inspecter d'urgence
pour la force de son expression qui nous plonge dans un
malaise subtile qui nous met en face de nous - même. La
projection qui défile est surprenante par la qualité du
travail entrepris. Le plasticien garde toujours ses
réflexes de photographe tout en sondant le monde du
multimédia. Voilà qui promet pour cet artiste attachant,
quoique aigre-doux dans sa vision du monde, mais les
mécènes ou les sponsors ne devraient point se tromper en
l'encourageant
A suivre donc à tout prix, prochainement au musée national
des Beaux-Arts le 05 MAI dans une exposition collective qui
va regrouper une bonne flopée de jeunes talents.
par
: J.GASSOUMA .( La nouvelle république lundi 22 mars 1999
)
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Le peintre Bouras
expose
fondu
au noir
Dans une exposition organisée à la Fondation Asselah,
culture Algérie depuis le mercredi 27 octobre, Ammar Bouras
livre toute l'étendue de son talent qui nous emmène bien
loin dans la jeune peinture algérienne.
Quatorze peintures, quatorze œuvres de choix, fraîchement
réalisées en acrylique, huile sur toile et contre-plaqué.
Ammar Bouras, né en 1964, est très tôt un étudiant assidu
des Beaux-Arts, il est aussi un très bon reporter-photo qui
met au service des autres son regard croisé de plasticien
et de " capteur " d'images fortes.
Bouras reste une valeur sûre de la jeune peinture
contemporaine qui monte à l'instar d'une génération enjouée
de jeunes pinceaux encore non prophètes dans leur pays… De
plus, il est l'une de ces idées qui priment dans l'esprit
du plasticien : ne pas se répéter et réaliser à chaque fois
une exposition différente pour un regard nouveau, des
thématiques différentes et l'expression d'idées renouvelées
à chaque nouvelle édition dont on notera l'aide précieuse
de AB Compo pour une affiche présentative. Amar Bouras sort
d'une expérience cybernétique dans laquelle il a aussi fait
la mesure d'un talent immense pour manipuler des images
minuscules et les restituer sur grand format et dans un
écran d'ordinateur, sorte de synthèse totale de plusieurs
techniques artistiques. Cette fois, il revient aux
premières amours qui sont les encres, l'acrylique et la
toile. On a fortement ressenti cette excitation du peintre
devant ses travaux, pendant la réalisation et enfin à
l'exposition qui nous met en face de quatorze tableaux qui
donnent dans le noir profond, le noir que Ammar Bouras
trouve majestueux, magique.
Ammar livre sa vision des choses dans une tragique
exposition dont les titres révèlent tout le mystère.
Tumulte, Une longue nuit, Sur le temps de midi, Ce qui se
passe derrière une vitre… sont autant d'opus qui englobent
la mort, la vie, l'amour. On croit percevoir dans ces
immenses formats de la sensualité une chevelure éparse ici,
le galbe d'une hanche là ou bien l'épure d'une femme
allongée là-bas. Dans un noir velouté qui enveloppe
certaines œuvres des notes cristallines de verts
flamboyants et des rouges et des jaunes qui lancent des
pointes d'espoir éclairé sur le tout.
Bouras favorise la non-symétrie et les compositions en
fenêtres, carrés lumineux qui délimitent des cascades de
couleurs et de traits au pinceau fin et à l'instrument vif
qui gratte et qui imprime durement comme une blessure
quelques œuvres torturées. L'artiste fond sur ses travaux
qu'il triture, malmène et apprivoise en fin de compte pour
nous faire partager un exercice de style mi-abstrait,
mi-expressionniste.
Les
sujets sont très vagues, ils sont bourrés d'une sorte de
mystères aux halos bien étranges, une série de travaux qui
ne laissent pas le regard se perdre, ils sont captivants et
dérangeants à plus d'un titre, du courage pour un peintre
qui aurait pu choisir la facilité de faire ses collages et
ses peintures colorées à outrance mais qui en réalité se
plonge dans une quinzaine de peintures de tous les formats
possibles qui possèdent en soi une force intérieure
immense, pari donné pari tenu de réaliser en un temps
record une nouvelle exposition avec de nouvelles œuvres. Ce
bon bougre de Bouras, un peu noir, un peu tragédien, laisse
une impression de gravité par rapport à la vie, par rapport
à la mort et aussi par rapport à la peinture… Il est à la
Fondation Asselah pour une quinzaine de jours, à vos
bicyclettes donc et rendez-vous sur place pour beaucoup de
plaisir.
J.
Gassouma ( La Nouvelle REPUBLIQUE Mercredi 3 novembre 1999
)
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AFFOLANTES
TONALITES
L'apparent calme qui le caractérise ne tranche pas avec sa
voix et ses paroles mesurées, à la limite de l'hésitation.
Il lance ses mots comme on donne des cadeaux.
Toujours avec plaisir le partage de la parole, il le fait
comme dans un bon repas, c'est-à-dire avec générosité.
Ce plasticien talentueux montre ses douleurs et ses
questionnements dans, une œuvre qui montre beaucoup, mais
qui dit encore plus. Dans un exercice justement de la
parole, il a révélé un talent redoutable de dompteur de
l'image. "Stridences", une exposition réalisée en juin
dernier (du 25 juin au 6 juillet 2001) au Cercle Frantz
-Fanon aura été d'un goût puissant. épicé et fortement
coloré. Des dizaines d'images extirpées de l'horreur d'une
situation dramatique, des images volées aux 24 secondes de
la vidéo, une technique emprunt3e à la photo dont il se
fait fort de maîtriser les contours.
Et puis, il y a aussi cette propension magnifique qu'il a
de colorer, gratter, marquer de son geste des films, créer
de nouveaux supports pour dire, dire et redire ce qu'il
ressent dans cette "stridence" de la forme. Il présente
ainsi huit panneaux complets d'une cinquantaine de
photos--peintures chacun qu'il donne comme génétique, puis
le tout est aussi décliné sur un "data show", un écran
vidéo qui anime ses images dans une vitesse d'enchaînement
tout simplement affolante.
Frustration du public, il ne peut absorber cette avalanche
d'une seule traite, paradoxal exercice qui fait que
l'apparente force de frappe plastique du plasticien se
laisse diluer en fait dans une étonnante sérénité quand on
aborde les images une à une. Bouras, amoureux fou de Nusret
Fateh Ali Khan, le chanteur pakistanais "Qawalli".
Accompagne ses travaux de sonorités fougueuses et
construites par ses soins dans des voyages erratiques dans
la "world music", provocation et titillations de tous nos
sens; il ne manque que le commentaire. Pour ce faire, Ammar
(avec deux M) élimine le texte, il précise "
Sangcommenttaire ?" pour appuyer son art d'une liberté non
contraignante.
"POUSSIÈRE DE VIE" !
Pourtant, le commentaire trouve refuge dans des coins
reculés de ses images fécondes ; ils se retrouvent sous nos
yeux, s'insinuent dans la couleur rouge sang, trouvent un
départ dans les coupures de journaux, dans une phrase
chantée, et puis aussi…, dans les yeux mêmes du spectateur
de ses délires colorés.
Lui, comme un maître-chanteur, se fait maître de cérémonie
dans une mise en scène ambivalente, en ce sens qu'elle mixe
le macabre au vivant le plus fort.
Passionnante introspection dans le monde de la forme, dans
la couleur savante, il dompte ainsi son art le remet en
forme et use de sa polyvalente intuition qui lui fait voir
ce que finalement le commun des mortels ne peut voir avec
évidence. Subliminale approche qui met le doigt, qui plonge
la main dans un art subtil et original. Ammar Bouras,
diplômé des beaux-arts en peinture, adepte de la bonne
peinture, réussit le pari de se faire un nom ici et
ailleurs dans plusieurs expositions individuelles et
collectives. Il est membre d'un groupe de plasticiens et ne
dédaigne pas les techniques et les expériences les plus
fortes. Ainsi est aussi cette aventure de Poussière d'Ange,
un ouvrage réalisé avec Christian Lecomte, journaliste et
écrivain, auteur de Sarajevo, ville captive (Ed. Syros,
1995), Le jour où j'ai tordu mon pied dans une étoile Ed.
Desclée de Brouwers, 1996) et Reporter à Sarajevo (1997 aux
Editions Fleurus Presse).
Poussière d'Ange, recueil très fort en images et en textes,
édité aux Editions Barzakh, plonge dans l '"immédiateté" de
quelques sensations kidnappées par l'inspiration. Il
s'agira alors, pour nous lecteurs, d'y aborder des virages
linguistiques du plus bel effet
Originalité de l'approche et vérité du langage, Poussière
d'Ange sera plus facile à découvrir que les images du sieur
Bouras, occupé à une autre exposition plus "classique",
déjà échappées.
Le temps d'une exposition, Bouras fait, dans la rareté des
manifestations publiques, un choix qui favorise ainsi le
travail pointu et l'élaboration d'images sans cesse
renouvelées la technique importe peu ou plus justement
importe dans le sens où elle pointe du doigt le sujet,
englobe ses différents objectifs.
LA PHOTO DU "GOUAL"
Le message se fait direct, héritage de l'aspect
documentaire de la photo-reportage ; il garde la qualité de
"raconteur fou", de l'ancienne tradition qui veut que le
"goual" reste le principal objecteur de conscience de la
tribu et le gardien de sa mémoire. L'on se demande alors si
ce plasticien original n'est pas le garant de quelques-unes
de nos images de demain.
La question mérite d'être posée pour l'éventualité d'un
quelconque conflit atomique, où l'on finirait par retrouver
les traces de nos tares sur ces images qui entrent de
Plain-pied dans un quotidien aussi obsédant que la
succession en chaîne de ces photos-peintures prenantes
entrant par la grande porte de l'actualité tout en
intégrant ces "icônes" nouvellement créées dans la
contemporanéité d'un art algérien qui donne aujourd'hui des
œuvres qui méritent d'être découvertes et encouragées.
L'aspect répétitif, l'obsédante succession de sujets, la
mort, le sexe, la vie et l'actualité, la satire, la
dérision et les délires audacieux sur la technique sont
autant d'atouts avant-gardistes de ces plasticiens qui
giclent sur la scène artistique algérienne et qui la
remettent en question de bout en bout par le grand bout de
la lorgnette. Il est désolant de voir ces avatars d'une
culture nouvelle se déliter dans l'incompréhension et dans
le mépris des nouvelles figurations qui prennent place dans
les arènes de l'art algérien.
L'APPÉTIT VIENT EN PEIGNANT !
Ammar Bouras, artiste, laisse son appétit gagner son
inspiration ; il travaille sans relâche dans un petit
studio bourré de livres, de CD, l'image est omniprésente
dans quelques tableaux réalisés par ses soins, ou bien de
reproductions d'Egon Schiele aux traits torturés et aux
chairs nervurées.
Bouras peint, gratte, voit et revoit ses travaux ; le
médium informatique donne de la luminescence à ses travaux,
garde la qualité de translucidité de sa lumière, repousse
encore plus les limites de son art pour donner encore plus
de puissance, et il y a aussi cette qualité d'animer une
image qui ne disait que très peu, mais qui soudainement
s'affirme par son mouvement pour discourir efficacement sur
le monde qui l'entoure.
Quelque cent photos prennent ainsi place dans nos
consciences, le peintre ne se lasse pas de nous les imposer
sur des supports déclinés en "drops" (banderoles qui
descendent) et en panneaux fixe Le tout est savamment
disposé pour ne point laissés indifférant, il est sûr que
nous nous sommes laissés entraîner par cette myriade de
miroirs de nous-mêmes. Le temps aura sans doute été trop
court pour aborder les secrètes révélations de Cet art.
Mais qu'à cela ne tienne la prochaine exposition de cet
enfant terrible sera probablement sous nos yeux en octobre
prochain.
Le moins que l'on puisse dire à ce sujet est que la
profusion de ses créations marquent le pas d'une nouvelle
génération d'artistes qui se font fort de nous livrer un
pan entier de leur sincérité à travers des séries entières
de travaux fougueux.
Il existe à travers Ammar Bouras et quelques-uns de ses
pairs, encore empreints d'une certaine éthique artistique,
qui refusent le compromis de la culture dominante qui se
choisit des images étrangement éloignées des véritables
préoccupations de notre époque.
Une chose est sûre désormais il faudra, pour tous les
amateurs et surtout pour tous les animateurs de la "maison"
artistique algérienne qui ont le pouvoir et l'argent, se
faire violence pour accepter ces nouvelles tendances
picturales qui ne savent pas mentir sur le monde qui les
entoure. L'artiste algérien contemporain comme l'est
peut-être Ammar semble promis à un destin affolant aussi
terrifiant qu'une période noire vécue à l'ombre des arbres
de tous les pendus. Victimes expiatoires transformées en
bourreaux vengeurs, nos artistes sont présents, ils sont
condamnés à témoigner. Tant mieux pour nous, la vengeance
sur le sort nous est ainsi esthétiquement acquise.
Par
J. Gassouma (La nouvelle République
10/07/2001)
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…Ammar Bouras ne se veut pas un simple praticien, au sens
étroit du terme. sa démarche inquiète - est sous-tendue par
une réflexion. S'occuper du réel est une tâche difficile ou
il est impérieux de bien choisir et aiguiser ses
instruments d'approche. Instruments conceptuels. Dans son
mémoire de fin d'études de l'école supérieure des
beaux-arts, intitulé "l'image : de la lumière à la
plastique" ("Essoura: min a-dhou ila ettechkil"), il
écrivait en arabe: "La photo est l'écriture d'un monde en
perpétuel changement. Ce dernier renforce en nous le
sentiment que nous sommes dépossédés de notre passé intime.
Et, à force, nous finissons même par abandonner ce passé.
Ce changement rappelle à tout instant que notre existence a
un point final.
La photo intervient alors en tentant de nous prouver que la
vie n'a pas de cesse. Dans ce cadre,
la photo est à la fois présence et absence. Elle nous
invite au rêve et nous donne l'illusion que nous pouvons
posséder le monde. Elle est le produit du temps qui
disparaît. Elle transforme ce passé en un produit de
consommation et d'affection... " C'est alors que l'artiste
ressent l'impérieuse nécessité de se remettre au travail
sur le même cliché, de tenter de "regagner" le temps vécu
entre le premier déclic et le déclic de la raison
artistique et existentielle présente.
La nécessité de transformer l'esquisse originelle par
l'injection du réel - des réels qui ont suivi, développé,
enrichi, mature et épuré le sens du geste de la prise de
vue... Autrement dit, L'image issue d'un flash de lumière
originelle est reprise en charge dans le processus d'un
acte de transformation graphique créatif. Nouveau et
différent.
De cliché, la photo s'achemine vers la peinture, pour
devenir tableau...
On comprend mieux pourquoi Ammar Bouras insistait pour
marquer sa différence d'avec certains artistes pop art. Eux
travaillent sur les photos d'autres artistes. Lui détourne"
les siennes propres. C'est-à-dire que c'est sur son temps
intime et intégral qu'il travaille . . .
par
: ABDERRAHMAN DJELFAOUI (El Watan du jeudi 6 février 1997)
El Watan, le 16 avril 1997
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"
Du soleil dans la douleur "
Ce titre, je l'ai trouvé écrit sur le livre d'or de
l'exposition de Ammar Bouras, dans les lignes tracées par
la main d'une visiteuse, anonyme. Est-ce que " du soleil
dans la douleur " n'est pas une expression aussi
douce-amère que l'adage populaire par lequel on murmure "
avoir une peine silencieuse pour son propre être " ?…
Des quinze grandes toiles peintes et collées sur
contre-plaqué, toile ou papier photo qui occupent les murs
de la petite salle de la Fondation Asselah, toutes sont
datées par l'artiste de l'année 1999…
Avant même de les goûter et (peut-être) de les interroger,
ce sont pourtant leurs titres - ou légendes - qui
accrochent d'abord le regard. Légendes que j'ai commencé
par lire dans l'ordre de l'expo voulue par le peintre, puis
que j'ai relues au hasard et avec lesquelles je me suis
laissé aller à faire un montage d'associations libres. Ce
qui donnait : " Dans ce trou noir ou lumineux " / " Vit la
vie, rêve la vie " ; " Souffre la vie " / " Voyageur de la
nuit " ; " Une longue nuit " / " Sur le temps de midi " ; "
Pas à pas hors des murs " / " Murmures "… Une sorte de
poème…
Mais bien longtemps après l'heure bruyante du vernissage
(un de ces moments rares de bienvenue et de retrouvailles
dans une capitale où l'on croule sous le stress), quelle
n'a pas été ma surprise de voir imprimé sur l'affiche
d'annonce de cette expo : " Ce qu'on peut voir au soleil
est toujours moins intéressant / que ce qui se passe
derrière une vitre. / Dans ce trou noir ou lumineux / vit
la vie, rêve la vie, souffre la vie." Un poème de Charles
Baudelaire, l'auteur de Spleen de Paris au XIXe siècle…
C'est qu'à cette expo la tonalité dominante " accrochée "
aux murs est noire. Pas comme seule et unique couleur, mais
d'un noir qui ne saurait mentir tant il instruit l'œil et
le cœur du visiteur quant au spleen de vie subi du
créateur; un de ces noirs d'atmosphère pour " message ", -
comme on disait encore il n'y a pas si longtemps en ces
années où l'on croyait à la Révolution (avec un grand R) -;
mais " message " portant cette fois la lettre du
désenchantement; plus précisément la désillusion de soi et
celle de la " Maison Algérie ", pour tout dire…
D'une toile à l'autre, ne semblent émerger que des traits
de visages et de mains découpées, parfois à peine
perceptibles, toujours densément présents et comme tirés
vifs de l'épaisseur d'un drame. Mais de quel drame
exactement ?… On ne sait pas, comme si on ne pouvait aller
plus loin que cette interrogation déjà terrible en soi… Sur
cette autre toile encore la silhouette d'un corps nu,
évanescent dans le noir, comme l'ombre d'une ombre. Sur
celle-là, des empreintes de pieds fermement découpées sur
des couleurs d'herbes et de basalte ! Ailleurs, et partout
des échappées fauves de jaune, d'orange-brun ou de bleu de
nuit en éclats… Mais le tout est dans la cohérence forte du
cru d'une œuvre qui, tout à la fois, attire et met à
distance, suscitant la mélancolie ou le malaise tout autant
que la sensation d'une douche froide un jour de canicule à
l'ombre d'une solitude…
LES SIGNES DE L'HUMAIN
Ces visages en îlots, peu nombreux, ont ainsi dans la toile
Souffre la vie des yeux d'appel, comme on parlerait d'une
bouteille à la mer avec on ne sait (encore) quel message
fou dedans… Des visages qui ont perdu (mais l'ont-ils perdu
à jamais ?) la perspective du bonheur, peut-être même de la
nonchalance et du simple plaisir méditerranéen de s'asseoir
n'importe où pour laisser aller son temps à regarder
l'agitation du monde, l'agitation des autres… Des visages
qui donnent l'impression étrange de vous reconnaître en
tant que visiteur, spectateur, et d'attendre de vous, sans
bouger, une onde d'écoute, un frémissement de solidarité…
Certes, on peut aimer ou ne pas aimer une telle peinture au
noir. On peut, face à elle, chercher à comprendre ou douter
même qu'elle puisse avoir un sens tant son manque apparent
d'optimisme peut effrayer certains. Mais douter seulement,
parce que cette peinture met aussi en scène des mains qui
semblent pour nous danser dans l'air du temps. Des mains
qui seraient pareilles à des khamsas, prolongeant de façon
exutoire ces visages d'un autre monde. En tout cas, des
mains certainement plus énergiques que les visages et qui
changent ostensiblement de couleurs d'un tableau à un autre
pour, par exemple, passer d'un marron chêne-liège écorché à
un rouge de grenade à la pulpe éclatée… C'est effectivement
tout un "soleil dans la douleur ", comme l'a ressenti la
visiteuse anonyme qui a trouvé cette image forte et simple
pour l'exprimer et l'écrire. Des mains comme affirmation
d'être, comme volonté et puissance de mouvement malgré
toute l'encre des noirs d'où elles émergent et nagent
vaille que vaille vers la lumière…
Dans certains tableaux, cette main semble même enfin
victorieuse, comme dans Sur le temps de midi. Dans un coin
de cette toile il y a, de surcroît, un cadre télé qui
éclate, au sens propre et blanc du terme, comme si
l'artiste signifiait par là une libération, une perspective
d'échappée de l'étouffoir de ce que chacun sait être son
(mauvais) quotidien. Main victorieuse sur le temps de midi
où elle apparaît ouverte à pleins doigts, telle la voile
gonflée d'un bateau navigant pour rattraper le vent et les
étoiles des grands voyages…
En fait, visages, mains, silhouettes et empreintes de pieds
ne sont-ils pas les premiers et les derniers signes de
l'humain ? Ne sont-ils pas les extrémités de son corps
physique, de ses désirs innombrables et inextinguibles, de
son savoir-faire, de son silence et de ses drames ?
N'est-ce donc pas comme partout dans l'Histoire, aux quatre
coins du monde, ces signes de l'intégrité de l'être qui
font justement que nous nous souvenons, envers et contre
toute noirceur, que nous pensons, que nous rêvons,
craignons, aimons, pleurons, rions, espérons et créons ?
Les signes de vie, comme destin.
Abderrahmane
Djelfaoui (Le Siècle n° 17 du 3 au 9 novembre
1999)
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Les
lucarnes du pop art d'à côté
La galerie de la fondation Asselah, sise au boulevard
Zirout Youcef, a abrité, mercredi après-midi, le vernissage
de l'exposition de peinture de l'artiste Ammar Bouras, se
déroulant du 27 octobre au 11 novembre 1999.
Cette exposition picturale, réunissant une quinzaine
d'œuvres, est intitulée " Fenêtres ". Une vitrine picturale
grandeur nature placée sous le signe du spleen artistique
étale beauté mélancolique. D'ailleurs, l'artiste peintre
Bouras a légendé l'affiche publicitaire de l'exposition par
des vers baudelairiens issus des Fleurs du mal. Ainsi, pour
résumer l'ensemble de ses tableaux, Bouras fera sienne la
strophe suivante : " Ce qu'on peut voir au soleil est
toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une
vitre. Dans ce trou noir lumineux vit la vie, rêve la vie,
souffre la vie. " En clair, cet artiste nous invite, à
travers son exposition, à nous accouder à une fenêtre
grande ouverte sur des instantanés de la vie et ses
vicissitudes. Car pour donner une touche presque réelle à
son monde " d'à côté ", il use d'une technique mixte tenant
de l'art pictural et du déclic " noir et blanc " de la
photo.
Il s'agit d'une technique, d'une dualité artistique en
parfaite osmose. Une sorte de " fondu-enchaîné ", où se
complètent les deux arts majeurs. Bouras est un artiste
double " tiroirs ". Il est artiste peintre et photographe
professionnel à la base. A ce propos, il expliquera son
approche plastique : " Ma décision artistique commence par
l'instantané de la prise de vue, les internégatifs
(sélection de plusieurs négatifs et positifs) et puis
j'interviens sur la toile comme support diurne. Au lieu de
travailler dans le noir prolongement immédiat de la chambre
obscure du photographe, je le fais à la lumière du jour. "
Cette technique duelle, il la doit à son maître, à l'école
des beaux-arts d'Alger.
Denis Martinez l'ayant encouragé à verser dans la voie
alliant la photo avec la peinture proprement dite, Bouras "
défenestre " le voyeurisme sans connotation péjorative
aucune pour nous offrir, à loisir, des tranches de vie, pas
du bout de la lorgnette mais à partir de vasistas
empreintes de couleurs géométriques, voire dimensionnelles
ayant une prédominance pour la couleur sombre (le noir, le
bleu foncé). D'après cet artiste, l'usage de cette " humeur
" terne obéit à l'expression aussi bien de la mélancolie
que de l'espace majestueux. Parmi les travées de cette
exposition picturale, l'on peut citer des toiles comme
celles intitulées Ce qui se passe derrière une vitre
reflétant le quotidien des choses de la vie des petites
gens " dénudées " de par leur extrême authenticité et
simplicité, Rencontre du 3e type, une inspiration de la
cinquième dimension artistique de Steven Spielberg ou
encore Dans ce trou noir ou lumineux, jouant avec la
profondeur abyssale temporelle et obscure du " big bang ".
Par ailleurs, les tableaux sont presque totalement affublés
d'empreintes de mains et de pieds qui, selon leur auteur,
expriment le contact humain. En d'autres termes,
l'ouverture sur l'autre, la tolérance. Un regard à l'écoute
diaprée de notre prochain à travers un pseudo-pop art très
cher à Andy Warhol.
K.
Smaïl (El Watan lundi 1 nov 1999)
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La
cinétique des couleurs
Quel support faut-il utiliser pour exprimer la panoplie de
tourments et de douleurs qui marquent le temps et que les
mots ont peine à décrire ? quelles sont la matière et la
palette de teintes qui sauront faire écho des sensations et
émotions qui rythment les profondeurs d'un plasticien ?
quelle serait l'illustration pour bien faire véhiculer le
message en évacuant la banalité, l'insensibilité et
l'indifférence provoquées par le poids des contingences
malheureuses? Comment arriver enfin à obtenir l'effet
cathartique susceptible de donner une mobilité et une
dynamique de mouvement plus intelligentes ? A travers
Stridences, Ammar Bouras, plasticien-photographe, choisit
la cinétique des couleurs violentes qui pousse au dialogue
et au non-statique. Il tente de créer l'émotion, de jouer
le rôle du déclencheur à travers une technique mixte sur
transparent, à partir de négatifs 24x36 mm. Par
l'utilisation du pinceau, du cutter, de la brosse et du
feutre, il porte des réaménagements sur ses clichés en
reproduisant dans une combinaison magique des
photos-peintures. Une peinture image qui se veut
contestation dadaïste au point de produire l'électrochoc
pour fouetter les consciences à travers un défilé d'images,
s'appuyant sur les techniques nouvelles. De l'image de base
au produit fini les photos intermédiaires s'implique, dans
des couleurs violentes, pour souligner l'intensité des
émotions et tenter de recréer une autre mesure
d'observation. Le sens des images et la charge de leur
acception reconstruisent le réel tragique. Ils portent sur
l'actualité endolorie où les cris d'horreur se mêlent aux
images choc des mares de sang qui n'a pas encore séché - où
les youyous fusent comme pour déchirer le voile du silence.
La projection de photos télévisuelles est exprimée
vertement par Ammar Bouras où la cinétique invite le regard
à une nouvelle vision de saisir l'altérité. Serait-on
tentés de dire que la situation prête, pour le photographe
plasticien, à une ambivalence? Il essaie en tout cas de
sortir de l'attitude classique sans pour autant altérer
l'académisme. Il subsiste néanmoins un questionnement qui
semble tarabuster ses méninges et ses profondeurs. Le
"sangcommenttaire", calembour qui, à l'évidence, nous
renseigne sur l'effort de réflexion du plasticien quant à
un compromis entre la peinture et la photo. Fusion qui, Si
besoin est, nous renvoie à la nécessité d'aller vers une
autre vision pour percevoir les icônes dans leur dimension
contemporaine. En somme, une œuvre non seulement pour que
l'histoire retienne en fixant sur la pellicule les scènes
tragiques inscrites dans le temps et l'espace, sinon
déballer pour mettre à nu, dans un constat d'images, on ne
peut plus amer, un comportement gagné par l'insouciance.
Rappelons que les éditions Barzakh ont édité un ouvrage
composé d'une compilation de textes intitulé "Poussières
d'ange", signé par Christian Lecomte journaliste - écrivain
qui a publié "Sarajevo, ville captive" et illustré de
photos-peintures de Ammar Bouras utilisant la technique
mixte sur transparent.
Ammar Bouras expose jusqu'au 6 juillet à la galerie
Frantz-Fanon "Stridences, Sangcommenttaire? "
Par
Madjid Tchoubane ( le Jeune Indépendant
)
