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Tenir la route, garder le lien

Ammar Bouras est photographe, vidéaste et cinéaste expérimental. Il est aussi plasticien. On retrouve souvent la peinture dans ses installations, ses photomontages et ses vidéos. Il est membre fondateur du groupe « Essebbaghine » qui réunit à Alger huit plasticiens contemporains. Ils inscrivent leur pratique dans l’actualité et la non complésance esthético-politique, utilisant différents médium et exposant in situ en espace public ou dans des endroits parfois non conventionnels.
Le travail de cet artiste algérien a pour matériau la réalité d'un présent tumultueux qu'il traque, capte, exhibe et questionne dans un rapport à soi et à l'autre. Il ouvre la chose politique à la dimension du vécu.
Il le fait par le biais de la photographie d'art, par la peinture, par la gravure et par la vidéo, dans une esthétique du métissage à effet poétique. Souvent, ses œuvres sont le résultat de plusieurs techniques contemporaines : photo/peinture avec collages ou installation avec juxtaposition d'écran vidéo et d'œuvres picturales.
Son art vidéo compose avec le vif des événements et avec les archives qui tissent la mémoire politique et sociale post-coloniale dans un mixage sonore à caractère poétique. C'est le cas des vidéos "Serment" ou "Aller simple", sorte de voyages dans la mémoire d'une Algérie blessée et dans l'incertitude du présent où le quotidien est traversé de terreur mais aussi de problèmes partagés par l’ensemble des populations en situation post-coloniale.
Dans la vidéo « Serment », l’artiste revisite la guerre de libération de l’Algérie faisant alterner les images documentaires de répression à l’époque coloniale et celles des événements récents avec le spectre de la guerre civile, images retravaillées aux couleurs de sang et traitées numériquement. Le tout est traversé par un poème de Béchir Hadj Ali (Serment) contre la haine et pour le pardon des peuples.
Quant à « Aller simple », la vidéo est d’une actualité brûlante, celle du quotidien de chaque citoyen. Elle trait du déplacement dans l’impossibilité de vivre dans un endroit sans violence. Les images sont prises à partir de la voiture de l’artiste dans une interminable traversée de la capitale et d’autres régions du pays, avec pour seul lien social le fond sonore des messages téléphoniques.
Garder le lien, conserver l’attitude et le réflexe d’une vie normale, c’est tenir encore la route. Les scènes, d’abord scandées de messages et d’indications routières se suivent à la vitesse des événements jusqu’à basculer dans des images d’actualité aux couleurs violentes suivies de l’image cauchemardesque de hannetons prédateurs.
Les œuvres de Ammar Bouras sont comme des interpellations contre la démission, l’abandon et l’absence d’espoir. C’est pourquoi, l’artiste considère la dérision comme une source d’énergie. C’est le cas de l’installation « Ez-zaïm, le Roi est mort, vive le Roi ! » (2003) qui ridiculise le culte de la personnalité dans un régime autoritaire.
Des mains apparaissant sur les murs en négative d’une chambre ne cessent d’applaudir pour acclamer l’image vidéographiée d’un roi ubuesque qui arrive et repart indéfiniment.
Comme pour conjurer la violence et la vitesse du "temps présent", l'artiste imagine aussi les espaces de rencontre et de communication qui remettent en valeur l'intime. Les installations-photos comme "Ghettos" (fragments des corps et textes ou lettres), "Lettres d'amour" (2005) et vidéo-peintures comme "Cyber Shahrazade" traitent d’espaces utopiques où la femme-amie reprend ses droits.
Dans une hybridation de calligraphie arabe et latine, de collages et d’aplats acryliques, Ammar Bouras retravaille la matière photographique du corps féminin. Il le fait par composition sérigraphique alternant opacité, luminosité et transparence, dans une dominante de rouges et de noirs.

Dans sa dernière création, "Cyber Shahrazade" (2007), il ose le spectacle des mille et un fragments de l’intime dans le puzzle infini du désir. Il le met en scène par inter-face entre installation vidéo et photo-peinture. Là, se joue l’aventure d’une inlassable collecte de nuit où rivé à l’écran de son ordinateur, il a tissé par mots et par images une cyber-fiction de l’échange, pour « ne pas perdre le lien ».

Sur le dispositif virtuel, une animation des petites fenêtres crée par intermittence une pulsation de corps féminins numériques (auto-portraits photos envoyés par des anonymes) et de bribes de « tchatch » jetées au hasard des insomnies.
L’artiste travestit l’échange numérique en cyber-schahrazade pour tenir la route de la longue nuit. Ses créations expriment le désir d’un échange infini pour retisser les liens dans une socialité à venir.

Rachida Triki

Ammar Bouras est photographe, vidéaste, cinéaste expérimental et plasticien. Son art vidéo compose avec le vif des événements et avec les archives qui tissent la mémoire politique et sociale postcoloniale dans un mixage sonore à caractère poétique. C'est le cas de Serment et Un aller simple, sortes de voyages dans la mémoire d'une Algérie blessée et dans l'incertitude du présent où le quotidien est traversé de terreurs mais aussi de problèmes partagés par l’ensemble des populations en situation postcoloniale. Dans Serment, l’artiste revisite la guerre de libération de l’Algérie faisant alterner les images documentaires de répression à l’époque coloniale et celles des événements récents avec le spectre de la guerre civile, images retravaillées aux couleurs de sang et traitées numériquement. Le tout est traversé par un poème de Béchir Hadj Ali (Serment) contre la haine et pour le pardon des peuples. Un aller simple est d’une actualité brûlante, celle du quotidien de chaque citoyen. Elle traite du déplacement dans l’impossibilité de vivre dans un endroit sans violence. Les images sont prises à partir de la voiture de l’artiste dans une interminable traversée de la capitale et d’autres régions du pays, avec pour seul lien social le fond sonore des messages téléphoniques.
 

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